C’était il y a un an…

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J’avais ressassé ce projet sans cesse durant 8 mois. Chaque minute d’éveil, chaque temps libre, était consacré à me préparer. J’avais endurci mon corps, acclimaté mes pieds, renforcé mon dos et mes épaules.

J’ai lu, beaucoup, des livres, des sites, des revues et des blogs. J’ai rencontré des personnes, qui furent pour moi comme autant de phares. J’ai arpenté les allées des magasins de sport, j’ai parcouru les pages des boutiques en ligne. Je me suis équipé.

Au matin du 15 mars 2015, j’ai claqué la porte d’une vie banale. Sans me retourner, j’ai avancé, pas après pas, jour après jour. Les premiers doutes se sont estompés au rythme des certitudes qui apparaissaient. Celle d’être en phase avec moi-même, de me sentir enfin libéré de toutes ces chaines du quotidien. Cette impression d’avoir toujours connu le Chemin, et de m’y sentir bien.

Aux pensées des premiers jours ont succédés les espoirs des lendemains. Chaque réveil était alors devenu annonciateur de nouvelles merveilles. Peu importe les douleurs, la fatigue ou la pluie, je n’avais qu’une envie: continuer !

Petit à petit, ce que je vivais prenait le pas sur l’objectif. Les paysages traversés, les rencontres, les amitiés, cet esprit de fraternité et de convivialité, cette sensation de faire partie de la grande famille des pèlerins, la marginalité de ma situation, étaient mes nouvelles richesses. J’avais enfin trouvé ma place.

Au terme de mon périple, c’est un moi apaisé qui a posé le genou sur le parvis de la cathédrale. Mais si j’avais atteint ma destination, je savais qu’en moi résonnerait encore longtemps le bruit de mes pas. On ne revient pas indemne d’une telle aventure. On a forcément un autre regard sur les gens, sur l’humanité et sur sa vie.

Aujourd’hui encore, il ne se passe pas une seule journée sans que j’y pense, pas un seul moment sans que me taraude l’envie d’y retourner. On ne peut comprendre ce qui nous habite sans l’avoir vécu. Dorénavant, le Chemin est en nous, pour toujours.

C’était il y a un an…

  • A mes rencontres du Chemin:

Lieven l’original, Alice la cycliste, Rineke, Fabrice l’asocial mais pas tant que ça, Josef et Staf de Louvain, Monsieur Pinois qui offre le café à tout ceux qui passent, Brecht à la dérive, Philippe N. el professor, Christian le sympathique et attachant parigot,  Alexandre le Sage, Olivier l’ami de toujours, Thierry, Patrick tant apprécié, Henri de la Haute, Maurice (et contre tous), Alain le sportif, Miguel en quête de sens, Dannys la malice, Christiane de Grivegnée, Daniel et Nadège les inséparables, Françis Spoutnik, Anna et Ria, Johanna et Carine « lekker », Jean-Marie de Chimay, Frédéric, Helen et Kitty baptisée à juste titre « Hello Kitty »,  Laurent « De Funès » l’autre ami fidèle, Bernard et son sac banane, Victor le sdf, Danielle « Coquelicots », Jean(g) le marseillais, Fred « JC » l’incontournable, Maitre Chang et Karaté Kids, Josh, la tatouée « Picasso » et sa Schtroumpfette, Rul, Alain le wiki du Chemin, et Manuel, son pendant espagnol, Pignon le con et sa femme (la pauvre), Eric et Anne-Claude les amoureux transis, Pierre et Josette « mes parents », la frêle Clara, Philippe le battant, un exemple pour tous, Isabelle la québecoise, Marc de Malte, Hans, la petite Stéphanie et son Kevin, Sabine de Paris, Salim le musulman de partout et son disciple Sofiane, Jean-Claude « JC » le 3ème larron, Oscar l’américain, Gwen le malin et Jenyfer qui en sera vite débarrassé, John « Keating », Paul, Bridget, Logan, Jean, Christopher, Deborah, Bryan et Ritchie, mes frères et sœurs américains, Adrian manque-de-pot, Edo, Suzanne l’égyptologue, Bernard et Albert les jumeaux pas si jumeaux, Françoise, Anne et leur amie, mes 3 « mamys chéries », Luis et son « vieux » imperturbables et tellement courageux. J’en oublie certainement, qu’ils m’excusent et se fassent connaître. Sans oublier la cohorte d’allemands, belges, français, hollandais, anglais, hongrois, danois, finlandais, néo-zélandais, australiens, coréens, japonais, chiliens, brésiliens, espagnols, américains, canadiens, québécois, italiens, et bien d’autres pays. Toutes ces personnes de tant d’horizons, de cultures ou de milieux différents, avec qui j’ai parlé quelques mètres ou quelques jours, ceux que je n’ai fait que croiser, mais que d’un regard je reconnaissais, et qui inconsciemment me rassuraient, ceux qui sont restés, dont certains sont encore là, pour mon plus grand bonheur. Ils ont été ma famille, parents, frères, sœurs, cousins, cousines, ou simplement voisins, le temps d’une parenthèse inoubliable.

  • A tous ces hospitaliers qui nous accueillent sans compter:

Gianni, Sylvie, Dany, Madame Lambotin, Chantal et Henry, Agnès, Daniel, Chantal et Dominique, Pascal, le Père Wercinger, Catherine et Dominique, Elisabeth, Marie-Geneviève, Monsieur Dorel, Monsieur Bouvet, Jacquotte, Monsieur Boutin, Monsieur Pinois, Anne-Marie, Nathalie, Florence et Patrick, Rul et Anna-Marike, Monsieur Guillaume, Madame Pruvot, Mélanie et Fabien, Françoise, Dominique, Henie, Aurélie, Frédéric, Linda, Tomas, Evan, José, Alicia, et tous les anonymes. Certains prénoms m’échappent, mais je n’en oublie aucun. Vous avez chacun contribué à la réalisation de mon rêve.

 

« Et puis… Il y a ceux que l’on croise,
que l’on connaît à peine,
qui vous disent un mot, une phrase,
vous accordent une minute, une demi-heure,
et changent le cours de votre vie. »

Katherine Pancol,
« Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi »

Merci à tous!

Et à bientôt, pour un autre Chemin…

© Luc BALTHASART, 15/03/2016

8 réflexions au sujet de « C’était il y a un an… »

  1. Et oui on ne peut comprendre sans l’avoir vécu… mais ça fait plaisir et rassure de savoir que d’autre l’on vécu. Et surtout que l’envie d’y retourner ne disparait pas, je n’en suis qu’à ma troisième année d’après chemin mais je sens que c’est toujours là, encore je me retrouve dans ton style, hâte de lire tes prochains articles!

    1. Si chaque personne a son Chemin, il n’en reste pas moins que dans sa globalité, l’expérience est la même. Et donc, oui, nous éprouvons tous ce sentiments de manque une fois que nous quittons à cet esprit auquel nous avons gouté. Je pense que l’envie d’y retourner ne disparait jamais. On devient vite accro à la liberté, la paix et la sérénité. Tout cela nous appelle sans cesse, loin de nos vies trépidantes. Je sais que j’y retournerai régulièrement, le plus souvent possible. Dorénavant, une partie de ma vie est intrinsèquement liée à Compostelle.
      Merci pour tes compliments quant à mon style, cela m’encourage à persévérer.. Jusqu’à publier? 😉

  2. Le virus de Saint Jacques m’a été inoculé lors de soirées de mouvement de jeunesse par le trésorier de notre unité scoute. Le comble, c’est que je vais partir le 16 mai prochain pour mon sixième Camino alors que mon ami n’a jamais pu mettre son projet en oeuvre.
    Ma première expérience remonte à 2008 sur le Camino Frances entre Saint Jean Pied de Port et Santiago. A l’époque mon projet prévoyait de réaliser le Chemin entre mon domicile et Santiago sur trois années car ma vie familiale ne me permettait pas d’abandonner mon domicile pendant trois mois. Au passage, je remercie ma tendre et chère épouse de m’avoir permis de réaliser cette première expérience et les autres qui ont suivi. En effet, si c’est une épreuve pour celui qui parcours le chemin , c’est également vrai et peut être encore plus pour celle ou celui qui reste et qui doit assumer les tâches journalières. Bref, après cette première expérience, je voulais faire partager cette expérience à mon épouse d’autant qu’avec ses origines hispaniques , je voulais qu’elle découvre les beautés de son pays natal. Et nous partîmes en 2009 pour un périple de 320 km entre Léon et Santiago. Bien que marié depuis plus de 35 ans ce fut une magnifique expérience de couple ou notre union fut encore renforcée. Et puis patatras début 2010 lors d’un examen de dépistage on découvre chez mon épouse un début de cancer du sein . Opération et séances de rayons s’ensuivirent pour retrouver la santé mais les problèmes psychologiques étaient bien là et seulement à ce jour nous pouvons estimer que nous avons surmonté ces difficultés de la vie.
    Malgré toutes ces préoccupations, l’appel de Saint Jacques était toujours en moi d’autant qu’au travers de ces épreuves, plus d’une fois j’ai fait appel à Saint Jacques et à Dieu pour rendre la santé à mon épouse.
    Entre temps, au début de 2011 nous nous affilions à un club de marche de marche .
    En 2012, le président qui a déjà marché sur le Chemin organise une marche ente le Cébreiro et Santiago pour un groupe. Finalement nous parcourrons ce trajet à 9 dont mon épouse ,après avoir souffert énormément de la chaleur ou nous avons du marcher par des températures dépassant les 35 degrés. Mon épouse insuffisamment rétablie psychologiquement de son opération rentrera de cette expérience désabusée et dégoûtée de la marche.
    En 2014, je remets le couvert mais sur le Camino del Norte entre Biarritz et Oviedo soit un périple de 550 km . Au départ nous sommes cinq membres de notre club dont le président et son épouse. Mon épouse n’a pas voulu se joindre à ce projet car mentalement pas encore rétablie. De nouveau, coup dur au deuxième jour de notre périple , la femme du président chute et se casse le tibia et péroné , rapatriement en urgence pour elle et son mari. Je continuerai jusqu’à Santander la marche avec deux collègues de club qui rentre au pays à l’issue de cette étape, ceci en raison de leurs obligations professionnelles . J’achèverai mon parcours au delà d’Oviedo en raison du calendrier que je m’étais imposé lors de l’élaboration du projet.
    En 2015, nouveau projet de marche en groupe avec le club de marche cette fois sur le Camino Portugues entre Porto et Santiago puis Fisterra ., Nous serons 8 participants, 4 femmes et 4 hommes à réaliser une fois de plus l’objectif de départ.
    Et pour 2016, c’est de nouveau avec mon épouse que je repars sur le Camino de la Costa pour une marche de 450 km traversant les Asturies, région natale de ma femme, puis la Galice. A notre retour, je vous ferai un petit résumé de notre parcours.

    1. Tout ceci confirme à merveille que d’une part, nul ne peut comprendre sans l’avoir vécu, et que d’autre part, l’appel est plus fort que tout! Tu vas entamer ton 6ème Camino, et nul doute qu’il y en aura d’autres.
      J’apprends l’histoire de ton épouse, tout en espérant qu’elle aille mieux maintenant et en lui souhaitant le meilleur pour l’avenir. J’espère que le Chemin de cette année lui en redonnera le goût et l’envie.
      Car finalement, oserais-je dire qu’il n’y a que là qu’on s’y sent libre et bien?

  3. Pfiou, Grand! Dur.
    Je me suis autorisé à lire cet article, certain qu’il n’influencerait pas mon récit.
    Je pensais écrire une page ce jour mais tout se bouscule à présent dans mon esprit, les images, les paysages, les rencontres, les hôtes, les difficultés, les bonheurs, surtout. Et surtout ces rencontres ciment du chemin, furtives ou durables, magiques de toute façon. Certaines plus profondes, plus insistantes que d’autres. Rassurantes, réconfortantes, évidentes.
    Une fois de plus je remercie le Chemin, je remercie la Providence, je remercie le Ciel d’avoir permis de nous croiser.
    Tant de fois j’ai cru te perdre, même si je sais que lorsque l’on prétend ne pas s’attacher, c’est que, justement on à peut-être peur de le faire. Avec ma naïveté et mon air bonasse tu savais que tu n’avais rien à craindre et j’ai fini par comprendre que tu avais ton chemin à faire autrement que de la façon dont j’envisageais le mien, à ce moment-là. Avec le recul je vois bien que tout cela s’est parfaitement organisé, que j’avais des choses à comprendre à ce sujet, qu’il fallait « mettre en place » et apprendre. Et avancer.
    Bon, même si mes doigts peuvent toujours taper les mots, mon esprit se brouille, ma gorge se serre, mes yeux s’humectent et je préfère juste, Ami, te souhaiter un très bon anniversaire !
    Sincèrement,
    Olivier.

    1. Dis, Grand, t’arrêtes? Tu m’fais tchouler, tidju!

      J’espérais bien que malgré ton interdit, tu passes ici ce jour pour lire mon « bilan » après 1 an. Tes mots m’émeuvent au plus haut point, crois-moi.

      Tu mets le doigt sur une vérité vraie: ne pas s’attacher, c’est peut-être justement la crainte de le faire, par peur de souffrir de la perte. Alors, on prend les devants, et par conséquent, le vent. Nous n’avions pas non plus forcément la même manière d’appréhender le Chemin, nous avions effectivement chacun notre route à faire. Mais nous nous sommes retrouvé là où il le fallait pour terminer notre périple. On savait au fond de nous que la charge émotionnelle serait telle qu’on se devait d’être ensemble pour se soutenir.

      J’ajouterai qu’inconsciemment, en te quittant, je ne te laissais pas vraiment. Je me suis toujours inquiété de toi, de savoir où tu étais et comment tu allais. Tu as fais partie intégrante de mon univers dès notre première rencontre, celle-ci ne fut pas fortuite. Elle était inscrite dans la poussière du Chemin. Il ne tenait qu’à nous de la graver dans le roc de Fisterra, ce que nous avons fait. Pour en avoir parlé avec toi lors de nos journées de marches, tu sais que je n’ai jamais eu de véritable ami. Maintenant, oui !

      C’est aujourd’hui le premier anniversaire du départ de mon premier Camino ! Gageons que dans quelques années, nous ayons plein d’anniversaires à fêter, si tu vois ce que je veux dire. 😉
      C’est tout le mal que je nous souhaite…

  4. Bonjour Luc et merci pour le compliment …………. (tes parents ) ça me touche sincèrement; en effet nous avons fait des soirées agréables dans des lieux aussi intéressant que les découvertes de chaque journées de marche . Comme tous, je peut le dire maintenant notre souhait est bien sûr de repartir; l’aventure et la découverte du chemin ne laisse personne indifférent. Cette année nous essaierons le chemin de Stevenson (250 k ms environ ) mais je sais déjà à part le plaisir de marcher sur ce chemin avec de magnifiques panoramas, l’esprit de pourra pas être le même.
    Enfin je ne me lasse pas de lire ton récit qui nous rappel tant de bons souvenirs; Josette arrive à la fin de nos écris. Restera plus que le long classement des photos pour imprimer et réaliser un album. Amitiés sincères.

    1. Bonjour Pierre,

      J’avoue avoir un peu hésité avant d’oser employer le terme de parents, ne sachant comment vous le prendriez. Mais finalement, c’est un peu ce que vous étiez pour moi. De notre rencontre, jusqu’au jour où nous nous sommes perdu de vue, plus d’un mois s’est écoulé, où je me suis inquiété chaque jour de l’état des pieds de Josette. J’ai admiré votre ténacité, votre complicité, votre philosophie et nos confidences. J’ai adoré passé du temps avec vous, partager des kilomètres entiers, des repas et des verres en terrasse.

      Vous allez donc suivre les traces de Stevenson à travers les Cévennes et côtoyer la bête du Gévaudan? Ne craignez-vous pas, au Puy, d’être happé par le flot de pèlerins en partance pour Compostelle? 😉 Car je pense que tu as raison: « l’esprit Stevenson » ne sera forcément pas le même.

      Enfin, je te remercie pour ton soutien qui me va droit au cœur ! Se savoir lu, et que mes écrits soient appréciés au point d’en attendre la suite avec impatience, c’est très encourageant !
      J’aimerai avoir des nouvelles du récit de Josette, et avoir le privilège d’en lire quelques extraits, avant de le découvrir dans son intégralité 😉

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