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27/04/2015, jour 44 : Périgueux – Saint-Astier

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Je n’ai jamais si bien dormi que depuis que je suis ici, sur le Chemin. Est-ce le grand air ou l’effort quotidien? Ou tout simplement l’apaisement d’être loin de tout souci? Je m’endors au quart de tour sans jamais me réveiller en cours de nuit. Je me lève dès potron-minet, bien reposé, les batteries chargées à bloc, sans la moindre courbature, quelque soit la qualité du couchage. Le rituel des étirements ne sert plus à me remettre les articulations en place, il me permet juste d’annoncer à mon corps impatient que nous allons bientôt repartir.

Nous nous levons de concert ce matin, tous bien en forme, à l’exception d’Henri qui aura mis toute la nuit à digérer ses pommes de terre sarladaises. Des confitures et du café moulu sont à notre disposition, et pendant que Patrick s’affaire à la cafetière, nous préparons nos restants de baguettes moins croustillantes que la veille mais néanmoins suffisamment savoureuses à nos palais. Parce que c’est aussi un apprentissage du Chemin: se contenter du peu que l’on a, quel que soit son état. Un quignon de pain écrasé dans un coin du sac, un fromage ou un saucisson qui ont transpirés sous la chaleur accablante, ou encore une banane noircie par le traitement qu’on lui aura infligé tout au long de la journée. Ça n’est pas tous les jours resto et grande cuisine, bien au contraire ! Mais on s’en satisfait largement, conscient du simple fait de pouvoir manger.

Ce matin, c’est donc baguettes ramollies et confitures industrielles, ce qui est déjà un luxe en soit, agrémenté d’un délicieux café savamment dosé par Patrick l’Alchimiste du Perco. On discute encore un peu au sujet du découpage des étapes pour les jours à venir. On fait également l’inventaire des éventuels logements disponibles, bien que ce dernier point me concerne moins puisque tel un escargot, je me balade avec ma maison sur le dos. Mais sur notre trajet se trouve cette fois un château dont le propriétaire maintient la tradition familiale et multiséculaire d’accueillir les pèlerins de Compostelle. Nos regards se croisent pour distinguer au fond de nos yeux les mêmes étoiles: nous allons nous aussi respecter la traditions et faire honneur à cet hôte de marque !

Henri et Dannis bouclent leurs sacs, Patrick leur emboîte le pas. Tandis que je vais en profiter pour visiter un peu la ville à peine éveillée. Je pense aussi qu’inconsciemment, je trouve là l’occasion de respecter mon besoin de solitude.  On s’en va donc chacun de son côté, chacun à son rythme, chacun avec ses affinités et sa façon d’avancer. Avec la promesse de se retrouver ce soir à Saint-Astier.

Le ciel est plus que menaçant en ce matin du 27 avril 2015. Nous sommes lundi, une nouvelle semaine trépidante va reprendre ses droits. Une semaine comme les autres pour tous ces commerçants. Une nouvelle semaine de découvertes, de paysages fascinants, de nature luxuriante, de surprises inattendues pour moi ! Mais pour l’heure, je déambule dans le vieux quartier médiéval. Dans les bruits étouffés par l’entrelacs des ruelles, je me sens presque transporté à une autre époque. Toutes les maisons sont en pierres blanches, beaucoup sont travaillées avec beaucoup de raffinement. Je découvre des petites places qui devaient être des lieux de rencontres incontournables au temps des chevaliers et des croisades. J’emprunte un passage voûté qui m’amène à une petite cour secrète. Tout est tellement désert qu’on se croirait presque dans une ville fantôme.

J’ai maintenant presque une heure de retard sur mes compagnons. Suffisamment pour ne pas risquer de les rattraper et avoir ce sentiment divin que le Chemin m’appartient.

La banlieue de Périgueux est longue et ennuyeuse. Je longe des voies rapides qui semblent sans fin. J’avale des kilomètres d’asphalte indigeste. Il me faudra plus d’une heure pour arpenter des régions moins fréquentées et des routes de campagne plus calmes. Je traverse une succession de villages et de hameaux aux noms chantants: Chancelade, Terrassonnie, Andrivaux. Je passe aussi à côté de lieux-dits dont les origines se perdent dans la nuit des temps: le Pot-Perdu, Le Pas-de-l’Anglais, Les Brunies. Et des édifices d’une autre époque: un lavoir qui semble être figé dans son jus, une ferme sans âge qui pourrait être directement issue d’un roman de Pagnol.

Encore une heure de plus pour trouver enfin la quiétude d’une forêt et des sentiers plus agréables à fouler. Le ciel reste plombé, mais la pluie m’épargne, du moins jusqu’à présent. Le temps est clément; la chaleur, bien que présente, n’est pas pesante. Le trajet, hormis quelques solides montées, s’avère finalement plus agréable qu’il s’était annoncé en début de journée. Je gave mes sens de tout ce que m’offre la nature: des fleurs et des plantes aussi belles que gracieuses, des parfums enivrants, et puis ce chant omniprésent des oiseaux qui m’acclament au passage. Dans ces contrées qui me sont pourtant inconnues, je ne me sens pas étranger. Je suis pèlerin et ma maison est le Chemin. Et que ce soit en arpentant la frondaison d’arbres qui bordent le canal de l’Isle à Anesse, lorsque j’enjambe la rivière par une belle et moderne passerelle, ou que j’admire un séchoir à maïs, je ne fais que m’inscrire dans cette tradition.

J’arrive finalement à Saint-Astier avant mes amis, à l’exception bien évidemment de Dannis la Malice ! Petit coup de fil à Patrick, mystère non résolu, il arrive par un côté alors que je fais mon entrée par celui opposé. L’un de nous à sans nul doute raté un embranchement, à moins que des balises se soient confondues: nous avions déjà remarqué à plusieurs reprises que différents Chemins se chevauchaient, se croisaient et se recroisaient. Nous avions également aperçu parfois des balises antédiluviennes, complètement délavées et masquées par la végétation. Je reste en outre persuadé que le Chemin évolue parfois au fil des années: de nouveaux sentiers sont ouverts, d’autres se ferment, au profit d’un parcours plus champêtre (*). Toujours est-il que c’est ainsi. Le rendez-vous est pris devant le supermarché. Dannis nous y attend déjà. Henri nous y rejoindra. Il a téléphoné au château pour prévenir de notre arrivée certaine (**), et on l’a informé que la cuisine et toutes ses commodités nous seraient d’accès libre.

Aussi, lorsque le quatuor est enfin réuni, nous décidons du menu d’un commun accord avant de partir à l’assaut du magasin bien achalandé. La première halte sera pour l’apéro: quelques chips feront l’affaire. Je suis d’ailleurs à chaque fois étonné de la pauvreté du choix qui s’offre à nous, alors qu’en Belgique, un rayonnage entier est consacré à une multitude de formes et d’assaisonnements différents. Ensuite et dans l’ordre d’importance, nous abordons le vin, où là, par contre, France oblige, un vaste choix s’offre à nous ! Viens enfin le repas : Patrick s’est proposé de nous régaler d’une quiche maison, accompagnée d’une salade verte, suivie d’un morceau de pain et d’un incontournable camembert. Et tant que nous y sommes, nous craquons aussi pour un pain brioche et une motte de beurre frais qui feront de notre déjeuner un festin ! Les courses sont ainsi bouclées, il ne nous reste plus qu’à trouver notre château.

C’est à la sortie de Saint-Astier qu’une imposante, majestueuse, interminable allée bordée d’arbres affublés d’armoiries, nous mène au château de Puyferrat. Et lorsqu’il nous apparait dans toute sa splendeur, nous en restons sans voix ! C’est que ça n’est pas une petit masure, ni un manoir. Ca n’est pas non plus un simple castel. Non ! C’est une château, un vrai, du XVIème siècle, et parfaitement conservé et entretenu ! Et on se prend à rêver de l’accueil qui va nous être réservé.

Sur le pas de la porte, la gouvernante nous attend, entourée de deux adorables chiens qui s’empressent de courir vers nous. Elle nous informe que les propriétaires ont malheureusement dû s’absenter, et qu’elle est chargée de l’accueil avant de prendre congé de nous. Nous entrons dans le grand salon où un feu crépite déjà, et d’un ton solennel, elle nous demande de sortir nos crédentiales afin de les estampiller ! Parce que c’est ainsi que commence la vie de château: ici, on ne tamponne pas, on estampille, s’il vous plaît ! Elle nous fait ensuite faire le tour du propriétaire, nous montre nos chambrées, pour reprendre son expression consacrée, avant de nous laisser en précisant que le château est à nous et que nous sommes libres de le visiter et de faire comme chez nous !

Nous voilà seuls, tous les quatre, un peu penauds, ne sachant trop comment aborder notre vie de châtelains d’un soir. Même la cuisine nous semble surannée. Mais loin de nous plaindre, nous prenons vite nos marques et partons ensemble prendre possession de notre demeure. C’est ainsi qu’on s’empresse de monter quatre à quatre les marches de l’escalier monumental pour nous installer dans nos chambrées. Je partagerai la mienne avec Dannis, tandis que les deux bourguignons resteront ensemble. Puis on découvre le chemin de ronde dont je m’empresse de faire le tour, non tant pour admirer le magnifique paysage qui s’offre à moi, que pour m’imaginer dans la peau d’un garde surveillant l’arrivée d’ennemis potentiels. Quelles batailles ce château a-t-il essuyées? Quel seigneur, quel chevalier a-t-il hanté ces lieux? Etait-ce un despote ou un gentil noble? Quels destins se sont-ils joués derrière ces murs épais?

De retour à  l’intérieur, nous continuons nos investigations par la salle de bain, puis les combles au plancher craquant et à la magnifique charpente. Henri s’amusera de trouver là, dans cette pièce presque totalement dépourvue du moindre mobilier, un petit guéridon affublé d’une bergère. C’est presque mystérieux, étrange, comme si ici, on s’était amusé à invoquer les esprits. Ce qu’Henri ne manquera d’ailleurs pas de faire en prenant place dans la bergère ! Fou rire garanti, que les fantômes présents nous pardonnent.

Nous décidons bien avant de souper de passer chacun notre tour à la salle de bain. Parce que l’air de rien, la journée fût finalement assez fatigante avec tous ces vallons à franchir. Je leur laisse la priorité, avec l’arrière pensée qu’en passant en dernier, je me ferai couler un crapuleux bain bien chaud ! J’en profiterai également pour me raser, rituel sacré réduit à sa plus simple expression, moi qui suis adepte du coupe-choux et de la mousse qui caresse ma peau. Ici, c’est huile de rasage pratique et shavette de coiffeur !

Comble de la volupté, je me glisse dans une eau à 40 degrés, et me laisse aller jusqu’à sentir chacun de mes muscles se décongestionner. Mes pieds aussi apprécient, et j’en profite pour les masser et les malaxer dans tous les sens pour détendre les tendons toujours endoloris.

Mais trêve de prélassement, je culpabilise à l’idée qu’ils m’attendent pour entamer l’apéro. Je me sèche et enfile mes habits les plus saillants pour faire honneur à la quiche de Patrick. Il est d’ailleurs occupé à la préparer, et je me joins à lui pour filer un coup de main, pendant que Dannis et Henri attisent le feu, dressent la table et préparent l’apéro.

Pendant la cuisson, nous ressassons cette journée sans trouver d’explications plausibles sur nos différents parcours. Je pense néanmoins au regard de notre fatigue et de la durée de marche, que quelque soit le trajet annoncé, nous avons tous fait plus que ce qui était prévu. Mais nous sommes réunis, le vin est bon, sauf pour Henri qui aura préféré du jus de fruit, les odeurs commencent à narguer nos narines et nous avons hâte de nous remplir la panse !

De la quiche qu’on agrémente d’une salade verte à la vinaigrette, il n’en restera pas une miette ! Je ne me suis jamais tant régalé que par ce simple et délicieux repas. Peut-être est-ce dû aussi au contexte, dans ce château, avec ce décor, entouré de mes amis ?  Le vin fait son œuvre, et nos rires rebondissent sur les murs de l’immense salle à manger. Il fait bon de se laisser aller à un lâcher prise sans nul autre pareil, savoir que demain est une autre journée qu’aucun nuage de la vie ne viendra assombrir.

Le repas terminé, Dannis qui avait un peu poussé les investigations pour trouver la vaisselle et les couverts, nous ouvre la porte d’un placard bien garni d’alcools fins. Faites comme chez vous ? Ce qui fut dit, fut fait, et sans exagérer, nous nous sommes octroyés un petit cognac.

La soirée touche à sa fin, mes trois comparses sont fatigués, et s’en vont rejoindre les bras de Morphée. Quant à moi? Je veux encore un peu profiter de cette soirée. Je m’installe dans un fauteuil devant l’âtre. Mes yeux se perdent dans les flammes virevoltantes, tandis que mon esprit s’évade. Je mesure ma chance d’être ici. Non pas seulement dans ce château, mais à ma place, sur ce Chemin. Plus de vingt ans que je caressais secrètement ce rêve, et jamais je n’aurais imaginé m’y sentir aussi bien. Mes pieds étaient une difficulté, ils sont devenus mes meilleurs alliés. Je n’avais pas de but, j’ai maintenant une passion.

Une bûche craque et me sort de ma torpeur. La douce chaleur du feu associée à celle du cognac assoupissent peu à peu mes muscles. Je monte rejoindre Dannis qui ronfle déjà comme un vieux diesel mal réglé. Mes petits bouchons d’oreilles seront encore bien nécessaires cette nuit. J’éteins la lumière, à peine le temps de trouver ma place, que déjà je sombre dans un sommeil profond. A demain…


  (*) Note à Paul: le « nouveau » Chemin de cette étape ne passe plus par l’austère D3 et la base militaire souterraine, par exemple 😉

(**) « Par principe », et en général, il n’est pas autorisé de réserver ! Au mieux peut-on prévenir de notre arrivée, afin de s’assurer qu’il y ait de la place. Cette règle tacite est mise en place afin d’éviter, comme cela arrive trop souvent, que certains réservent dans plusieurs gîtes, ne décommandent pas, et finalement, empêchent d’autres d’occuper les lits disponibles. Mais bon, ça reste « un principe »: certains gîtes, surtout privés, acceptent les réservations. En ce qui me concerne, je suis partisan de la règle « premier arrivé, premier installé », et finalement, il y a toujours moyen de trouver une solution… Mais de grâce, amis pèlerins, libérez-vous de vos angoisses, laissez faire la Providence, et vous serez souvent surpris de ce qui s’offre à vous. Et dans tous les cas, si vous réservez et changez d’avis, décommandez, tant pour laisser la place aux autres, que pour votre hôte qui vous attend et vous a peut-être préparé un repas chaud…


Film (en cours de montage)

(Cet article est prêt depuis plus de 15 jours, et je n’ai décidément pas le temps de produire la petite vidéo du trajet…. Alors, je vous livre l’article en primeur)

Retrouvez toutes les photo du jour 44

Hier

Demain

© Luc BALTHASART, /2017

26/04/2015, jour 43: Sorges – Périgueux

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Lever cool ce matin, on n’est pas pressé. Après les exploits d’hier et la perspective d’une grande cité aujourd’hui, seuls 22 kilomètres nous attendent. On prend notre temps pour bénéficier encore quelques instants de la bienveillance de notre hôte. Et bien qu’elle ne soit pas du matin, nous trouvons une table déjà dressée, devant une Henie qui baille aux corneilles.

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25/04/2015, jour 42: La Coquille – Sorges

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–>   Magiques bouchons d’oreilles !

Malgré les nuits à veiller sous les regards inquisiteurs et les chants rauques des grenouilles en rut, je ne les avais jusqu’à présent jamais utilisés. Sous ma tente, dans l’obscurité où, malgré le sommeil, tous les sens restent en éveil, entendre était effectivement une question de sécurité. Mais à la perspective de partager la nuit avec quatre autres pèlerins c’était donc l’occasion rêvée de les sortir pour la première fois de leur gangue de protection. D’autant qu’Henri et Patrick ont déjà titré Dannis de ronfleur infernal !
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24/04/2015, jour 41: Flavignac – La Coquille

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C’était presqu’un lac, un grand étang, bien loin des dimensions d’une mare ! Rien ne laissait présager leur présence et pourtant… J’ai  encore passé une horrible nuit, bercé par le doux croassement des grenouilles en rut. Impossible de fermer complètement les yeux avant cinq heures du matin et les premières lueurs de l’aube. Tant et si bien que lorsque sonne l’heure du réveil, j’ai bien du mal à m’extraire des bras de Morphée. Mais une longue marche m’attend. Car pour la première fois depuis longtemps, j’ai  rendez-vous. Hier en effet, enivré par le vin et boosté par mes nouveaux compagnons de marche, nous avons convenu de nous retrouver à La Coquille, à près de trente kilomètres.
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23/04/2015, jour 40: Limoges – Flavignac

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Pas question aujourd’hui de me prélasser. Je dois reprendre la route, poursuivre mon Chemin, avancer vers mon destin. Marcher est devenu un besoin viscéral. Mes pieds trépignent d’impatience de fouler à nouveau ces sentiers tant convoités. Ils réclament leur lot quotidien de kilomètres. Peu importe les difficultés, la distance, ou la nature du sol que je vais aujourd’hui arpenter, ils ont décidé de me porter au bout de mon rêve, et rien ne les arrêtera !

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22/04/2015, jour 39: Journée de repos à Limoges

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Puisque j’ai décidé de me poser une journée, je me lève ce matin avec la douce impression d’être un peu en vacances. La maison commence déjà à tinter de bruits de vaisselles qu’on entrechoque, de chuchotements étouffés et de pas feutrés. Mais rien ne presse. Je prends bien soin de m’étirer de tout mon long, avant de lentement rejoindre Alain, déjà occupé à déjeuner.

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21/04/2015, jour 38: Châtenet-en-Dognon – Limoges

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Sept heures du matin tapantes, et c’est le cas de le dire: à dormir au pied d’une église, je ne pouvais qu’être réveillé par une série d’énormes gongs ! Le soleil est déjà resplendissant. Le ciel est sans l’ombre d’un nuage à l’horizon. Je m’étends sous les yeux ébahis du voisin qui venait d’ouvrir ses volets. Un bonjour chantant de ma part, auquel il me répond timidement, et je lui assure que je ne vais pas traîner à dégager le terrain.

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20/04/2015, jour 37: Bénévent-l’Abbaye – Châtenet-en-Dognon

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Déjeuner guindé en présence des trois allemandes qui m’avaient dépassées hier, et d’un couple d’américains un peu prétentieux, qui se partagent entre leur maison en Floride, et leur mas provençal. L’ambiance ne me sied guère, avec à ma gauche ces teutonnes qui parlent entre elles, et de l’autre côté, ce couple visiblement ici pour avoir moult truculentes choses à raconter lors de leurs prochaines soirées VIP. J’apprendrais d’ailleurs par la suite qu’ils allaient ainsi de chambres d’hôtes en hôtels de standing, et qu’il s’y faisaient livrer chaque jour de nouvelles tenues de marche, en prenant soin de jeter la précédente, trop souillée à leur goût. Cette histoire, telle qu’on me l’a rapportée, fera peut-être un jour partie des légendes du Chemin, comme celle du milliardaire qui voyageait anonymement et laissait des milliers d’euro dans les donativos, ou encore ce riche et discret industriel, qui n’aurait dévoilé sa véritable identité qu’une fois arrivé à Compostelle, et aurait offert à son compagnon de marche rencontré sur le Chemin, une nuit de luxe au Parador dont il se souvient encore, avant de l’inviter à partager une croisière sur son somptueux voilier privé. Continuer la lecture de 20/04/2015, jour 37: Bénévent-l’Abbaye – Châtenet-en-Dognon

19/04/2015, jour 36: La Souterraine – Bénévent l’Abbaye

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Moi qui d’habitude ai le sommeil léger, je m’étonne des merveilleuses nuits que je passe. Est-ce dû à la fatigue conséquente des efforts quotidiens? Je ne pense pas. J’ai trouvé ici une paix intérieure, une tranquillité d’esprit, une sérénité jamais égalée. Loin de tout, des tracas et des soucis, malgré parfois l’inconfort de mon couchage, je n’ai plus l’angoisse de me lever sous la contrainte. Je fais ici ce qui me plaît, quand cela me plaît, et tel que j’en ai envie. Je goûte à la vraie liberté, bien loin des carcans d’une vie trop bien rangée.

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18/04/2015, jour 35: Crozant – La Souterraine

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Réveil difficile dans un paysage nimbé de brume. Les longs trajets de ces deux derniers jours, le relief et l’asphalte à n’en plus finir auront eu raison de moi. Je suis fatigué, mes pieds me font souffrir, et j’ai beaucoup de mal à faire mes premiers pas pour replier ma tente. Ça n’est pas la première fois qu’ils se rappellent ainsi à moi. Et même si aujourd’hui encore, je sais qu’ils relèveront le défi, je pense qu’il va falloir sérieusement penser à me poser une journée. Cela fait plus d’un mois que je me lève chaque matin avec l’envie furieuse de continuer, trente cinq jours à marcher. Mon corps s’est installé dans une logique d’efforts sans rechigner. Depuis mon départ, j’ai appris à l’écouter. Aujourd’hui, il me fait comprendre qu’il aimerait simplement se reposer. Je ne suis plus qu’à quelques jours de Limoges. Ça sera peut-être l’occasion de profiter de la ville et de ses facilités, le temps de recharger ses batteries pour mieux repartir.

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17/04/2015, jour 34: Argenton-sur-Creuse – Crozant

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Que la nuit fut douce au sein de ce foyer accueillant. Lorsque, hier, je me suis présenté à Mélanie, j’étais à cent lieues de me douter d’un tel altruisme. J’en suis encore tout ému, si bien qu’après un solide déjeuner en sa compagnie, au moment de la laisser à ses enfants et ses occupations, je ne peux que lui exprimer toute ma gratitude. Il existe encore ainsi à travers le monde, des gens comme eux, simples et généreux, des personnes qui, d’un simple geste, sont capables de redonner foi en l’humanité. Elle m’accompagnera jusqu’au perron de sa maison, avant de tourner les talons en me faisant un dernier signe de la main, et en me souhaitant un bon Chemin.

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16/04/2015, jour 33: Deols – Argenton-sur-Creuse

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C’est avec une petite pointe de regret que je quitte Déols. Une chouette ville doublée d’un chouette gîte, je serais bien resté ici quelques jours. Mais je n’ai rien à y faire. Je n’ai pas à me reposer, et la règle qui prévaut interdit de toute façon, sauf autorisation exceptionnelle, de rester plus d’une nuit dans un gîte. Direction donc Châteauroux et sa circulation dantesque en cette heure de pointe. C’est du moins l’impression que j’en ai, moi qui vis au rythme de mes pas, plus habitué à la nature et aux bois qu’à ces gens pressés. Je prendrai tout de même le temps de visiter. Tant qu’à faire d’être ici, il serait dommage de ne pas découvrir quelques coins cachés et d’en garder un souvenir.

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15/04/2015, jour 32: Neuvy-Pailloux – Déols

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Couché avec le soleil, je me suis endormi bercé par le chant des grenouilles qui squattaient l’étang du golf d’en face. Je pensais alors profiter d’une longue et douce nuit de sommeil pour recharger mes batteries après l’éreintante journée d’hier. C’était sans compter sur les mœurs sexuelles de mes amies. Ce qui était au départ un concert improvisé de couacs harmonieux et bucoliques s’est vite transformé en un brouhaha pas possible ! Elles devaient être des centaines, peut-être des milliers, à rechercher l’âme sœur à coup de coassements bruyants. J’avais des envies de meurtres. Je parie même que si je m’étais souvenu de mes songes, j’étais probablement occupé à les pourchasser avec un pot de beurre d’ail !

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14/04/2015, jour 31: Plou – Neuvy-Pailloux

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1h18. Une envie pressante me réveille. La toile de ma tente encore grande ouverte, je n’ai qu’à m’extirper comme une larve de mon sac de couchage pour m’avancer de quelques pas dans l’herbe fraiche, et me soulager. L’obscurité est toute relative. Le ciel dégagé, les nombreuses étoiles et la lune qui entame son dernier quartier suffisent à m’éclairer. Le silence, par contre, est absolu. Une ambiance propice aux angoisses, mais je me sens étrangement en sécurité. Ma tente est ma maison, ce vaste terrain est mon jardin. Je suis l’unique locataire des lieux. Rien ne peut donc venir troubler ma quiétude. Je m’assieds quelques instants dans l’abside de ma demeure. Mes yeux se perdent au firmament quand une étoile filante vient fugacement zébrer le ciel. La troisième depuis mon départ, la troisième de ma vie ! Je me faufile dans mon duvet en me souhaitant d’arriver sans encombre au terme du voyage, avant de sombrer à nouveau dans un monde peuplé de songes.

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13/04/2015, jour 30: Bourges – Plou

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C’est Christian qui ce matin dès l’aube, tient encore le rôle du coq chantant. Alors que Phil et moi étions encore en plein voyage au pays des rêves, c’est dès six heures qu’il a commencé à faire d’incessants allers et retours vers un je ne sais où, jusqu’à ce que nous émergions des brumes de la veille. Encore un peu pâteux, notre bonne humeur n’est en rien entamée. Il en faudrait d’ailleurs bien plus pour gâcher une journée qui s’annonce très ensoleillée.

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