Article Pecten

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Cet article paraîtra dans « Pecten », le magazine trimestriel des Amis de Saint Jacques de Compostelle – Belgique,  en mars 2016:

C’était à l’aube des années 90. Au détour d’un reportage sur le renouveau des Chemins de Saint Jacques, alors que jamais auparavant l’idée ne m’ait effleuré, ce fut pour moi comme une évidence: un jour, moi aussi, je m’inscrirai dans les pas de ces milliers de pèlerins. Je suis né avec une malformation aux pieds, j’avais la chance de pouvoir marcher, je voulais remercier le ciel pour cette grâce!

J’avais à peine 20 ans, toujours aux études, la vie m’attendait. Ca n’était pas le bon moment, mais en moi, comme le plus grand des secrets, germait ce projet.

Juin 2014. Je prends conscience que depuis une dizaine de jours, j’entends parler de Saint Jacques. A la télé, à la radio, au boulot ou dans la presse, il ne se passe pas une journée sans que ce nom me revienne en écho. Et alors que j’attendais patiemment mon tour pour faire valider mon Lotto, de planton devant le rayon des magazines de rando: « Préparez-vous pour Compostelle ». Ce fut le déclic.

Mais je n’avais pour ainsi dire jamais marché, et mes rares expériences de randonnées se soldaient par des douleurs intenses et tenaces. Il me fallait tout apprendre, tout préparer. Physiquement d’abord, car mon handicap était finalement ma force: je connaissais mes faiblesses! Matériellement aussi: je n’avais rien! Pratiquement ensuite, choisir la période, libérer le temps nécessaire à la réalisation de mon rêve, étudier les différents tracés, faire connaissance avec Saint Jacques.

Huit mois à consulter moult sites, lire autant d’ouvrages, arpenter les allées de matériels. Huit mois à augmenter progressivement mes distances de marche, à tester, approuver ou remballer chaque élément. Huit mois à me renseigner et lier certaines amitiés avec mes prédécesseurs expérimentés. Huit mois de doutes…

Et lorsque qu’au matin du 15 mars 2015, je me mis en route, j’avais eu beau me préparer, je n’étais sûr de rien! Au mieux savais-je que j’avais mis toutes les chances de mon côté, mais le Chemin voudra-t-il bien de moi?

Au départ de Liège, je m’étais mis Rocroi comme premier objectif. Les 8-10 premiers jours seraient déterminants: passé ce délai, on m’avait dit que le corps prenait ses marques et entrait dans une routine de marche. Et au terme du 9ème jour, alors que je franchissais la porte du gîte géré par l’association RP51, plus tout à fait randonneur, peut-être pas encore complètement pèlerin, j’ai compris que dorénavant, plus rien ne m’arrêterait.

Chaque matin fut un ravissement, et même si au réveil, il me fallait au quotidien me « dérouiller » les pieds, c’est avec impatience que je nouais mes chaussures pour reprendre la route. Reims, Troyes, Vezelay, Bourges, Limoges, Périgueux, Saint-Jean-Pied-de-Port, puis l’Espagne et ses grandes étendues, tout ce que j’avais appris ressurgissait à chaque passage. Quant aux rencontres, si les premières semaines furent très solitaires, le reste du périple fut une leçon d’humanité!

Après 95 jours, je posais humblement le genou sur le parvis de la cathédrale de Santiago. Seul parmi des milliers sur la plaza del Obradoiro, j’étais arrivé au bout du voyage, dans un mélange de satisfaction et d’accomplissement, mais également de tristesse. Santiago n’est qu’une ville comme les autres, elle n’est pas le terme du voyage. Nul doute qu’en moi résonnera encore longtemps ce Chemin…

©Luc BALTHASART, 23/12/2015, pour le Pecten

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